Une carte mentale pour modéliser l'intégralité d'une histoire (personnage & intrigue) - (c) J. Genevray

Unifier l’arc dramatique d’un personnage et l’intrigue

Les événements n’arrivent pas par hasard, encore moins dans une histoire que dans la vie. C’est une succession de causalités guidées par la logique inconsciente du personnage. Le défi de l’écriture est de relier la psychologie du personnage à l’intrigue et de conserver cette force organique pendant l’intégralité récit.

Un personnage, une intrigue : des émotions.

  • Une histoire est le parcours d’un personnage, c’est l’arc dramatique (la logique inconsciente du personnage).
  • Les choix du personnage ont des conséquences, c’est l’intrigue (faite d’événements, de rebondissements et d’actions).

Voici une mind map dont l’objectif est de synthétiser les causalités d’un scénario : c’est l’arc dramatique du personnage qui entraîne l’intrigue. L’histoire et l’intrigue sont dans un même cercle, afin de souligner l’aspect initiatique de la majorité des récits : le personnage fait un voyage (spirituel ou non) dont la finalité est de modifier son quotidien. (Cercle de la vie confirmé par le Roi Lion). Voici comment unifier l’arc dramatique d’un personnage et l’intrigue :

Unifier l'arc dramatique d'un personnage et l'intrigue (c) J. Genevray

1) L’arc dramatique créé de l’émotion

La conception d’une récit commence par l’arc dramatique du personnage principal. Que veut ce personnage ? Que va-t-il affronter et apprendre ?

L’approche de John Truby (Anatomie du scénario) pour caractériser l’évolution psychologique d’un personnage au cours de l’histoire est un outil efficace. L’arc d’un personnage est composé de 7 étapes, reflets de notre condition humaine quotidienne face à un problème à résoudre :

  1. La problématique initiale : le personnage est face à un problème. Mais pas n’importe lequel : ce problème est une métaphore de sa plus grande faiblesse psychologique et morale.
  2. Le désir du personnage pour résoudre (ou éviter) sa problématique,
  3. L’adversaire qui vient s’opposer au désir du personnage (étape 2) et renforcer sa problématique (étape 1),
  4. Le plan imaginé par le personnage pour contourner son adversaire,
  5. Le point de non retour (également appelé Combat Final), qui est la dernière étape du plan. Soit le personnage réussit, soit il rate.
  6. Les révélations intérieures du personnage. Qu’a-t-il compris sur lui-même, après son affrontement avec l’adversaire ? Ces révélations, psychologiques et morales, doivent être une métaphore du thème.
  7. Le nouvel équilibre montre comment la vie quotidienne du personnage a changé (et à quel point il était nécessaire de résoudre la problématique initiale de l’étape 1).

2) Une intrigue organique découle des choix du personnage

Lorsque le voyage initiatique (l’arc dramatique) du personnage principal est défini, bonne nouvelle : nous avons une histoire ! L’intrigue permet de dramatiser l’histoire, c’est à dire la raconter au spectateur.

Quelles sont les révélations et les rebondissements narratifs ? Dans quel ordre vont-ils être dévoilés ? C’est l’enjeu de la structure, modélisée ici selon Blake Snyder (Save The Cat), qui propose un découpage smart et fun des traditionnels trois actes utilisés depuis la nuit de temps.

Reprenons la mindmap précédente. Les différents étapes de l’intrigue (la structure) découlent des 7 étapes de l’arc dramatique du personnage principal.

ACTE 1 : La thèse

– Opening Image : première scène qui suggère la confrontation à venir.

– Set-Up : mise en place des principaux personnages et de leurs problématiques.

– Theme Stated : suggestion du thème, souvent formulée par un personnage secondaire. C’est en général un conseil frappé au coin du bon sens que le héros ne comprendra qu’à la fin de l’histoire (toute ressemblance avec la réalité est hautement souhaitable !)

– Catalyst : c’est la mauvaise nouvelle, le fameux appel de l’aventure. Cet événement, l’unique à arriver par hasard, invite le héros à se lancer dans l’intrigue.

– Debate : ce sont toutes les mauvaises raisons que le héros trouve pour refuser l’aventure. Les humains sont très forts pour diminuer, voir nier, l’étendu d’un problème.

ACTE 2 : l’antithèse, le monde sens dessus-dessous.

– Break Into Two : le héros prend une grande décision qui le lance dans l’aventure (et le confronte à ses faiblesses psychologiques qu’il refuse de voir).

– Fun and Games : L’action commence, les valeurs du héros sont mises au défi, il s’entraîne et se sort des difficultés en général avec succès. C’est la partie la plus cool d’une histoire. Le titre et l’affiche en sont souvent inspirés.

– Midpoint : Milieu de l’intrigue, où l’histoire prend un tournant. Soit c’est une fausse défaite (le héros croit avoir perdu), soit c’est une fausse victoire (le héros croit avoir triomphé). Souvent, c’est le moment où un compte à rebours est mis en place, afin d’augmenter la tension narrative.

– Bad Guys Close In (les adversaires se rapprochent) : Les arguments des adversaires paraissent aussi juste que celui du héros. C’est un moment de bataille intense entre les différentes déclinaisons du thème.

– All Is Lost : Un coup fatal est porté au héros. Il perd face à ses adversaires. Un moment de libération émotionnelle intense.

 Dark Night of the Soul (la nuit noire de l’âme): Le héros doute du bien-fondé de sa démarche : il aurait mieux fait de rester à la maison. Il peut même être tenté par les valeurs négatives des adversaires. C’est la partie la plus délicate d’un scénario, souvent source du fameux « ventre mou » du deuxième acte. Pourtant sa fonction est essentielle : c’est le moment où le héros est amèrement confronté au thème de l’histoire.

ACTE 3 : la synthèse, la solution.

 Break Into Three : l’intrigue secondaire (B story) apporte à la dernière minute la solution au héros ou un nouvel espoir pour croire en ses valeurs mises à mal dans la deuxième partie de l’acte 2. Le héros prend une nouvelle grande décision qui l’emmène vers le changement interne (la révélation intérieure de l’arc dramatique).

– Final : l’ultime combat avec l’adversaire principal. Il ne s’agit pas forcément d’une fin heureuse, mais elle doit refléter votre avis d’auteur : quelle déclinaison du thème est la meilleure façon de vivre ?

– Final Image : La dernière scène du film qui est en résonance (souvent opposée, pour montrer l’évolution du héros) avec l’opening image.

Tools, not rules (des outils, pas des règles… quoique) !

Les histoires cherchent à modéliser la vraie vie. Voici une modélisation, qui est le fruit de mon expérience de script-doctor et de scénariste, mais en aucun cas un dogme. L’objectif de cette méthode est d’éviter de se laisser diriger par un aspect trop subjectif et émotionnel d’un jugement. Selon les neurosciences, si les goûts ne sont pas universels, le déroulement d’une histoire l’est. Dans une bonne histoire, ce sont les choix du personnage principal qui entraînent l’intrigue et non l’inverse.

Jérôme Genevray / http://genevray.com

Lisez « 4 biais cognitifs pour mieux raconter une histoire« , ou comment utiliser les neurosciences dans la narration.